Consortium d’Etablissements Français d’Enseignement Supérieur et de Recherche pour le développement de l’USTH

Edito newsletter de juillet par Jean-Luc Clément

Date: 
Tuesday, 11 July, 2017

Editorial

Quand le 15 juin 2008, Nguyen Thien Nhan, Vice Premier Ministre, Ministre de l’Éducation et de la Formation, propose à la France comme à l'Allemagne, aux USA et au Japon de créer en partenariat quatre universités vietnamiennes avec chaque pays, selon les standards internationaux, nous réalisons qu'il s'agit d'un tournant capital dans la relation entre nos deux  pays et que nous évoluons vers un nouveau type de coopération. Un vrai changement générationnel.

Le défi était important. Le projet séduisant. Mais créer une université est une action complexe et très sophistiquée qui doit reposer sur des bases solides pour être pérenne, croître et surtout satisfaire l'ensemble des partenaires. En outre, le Vietnam n'est pas un pays comme les autres pour la France. Notre histoire commune, une diaspora vietnamienne importante en France, notamment dans les universités, les relations scientifiques, culturelles et éducatives qui n'ont jamais cessées, font que nos relations sont fortes et exigeantes.

Le cabinet de la Ministre ne donne pas immédiatement son accord et veut s'assurer de la fiabilité du projet avant de donner son feu vert.

Il faudra un an, avec de nombreuses réunions et missions en France et au Vietnam, organisées par la Direction des relations européennes et internationales et de la coopération du Ministère, pour élaborer le cadre du projet, enregistrer les demandes vietnamiennes de la VASTVietnam Academy of Science and Technology et du MEFMinistère de l'Éducation et de la Formation, définir les axes thématiques, décider du type de diplôme, alerter les universités françaises et les Écoles via la CPU et la CDEFI, vérifier leur intérêt dans leur autonomie, imaginer les formations, établir les budgets, discuter des statuts et du règlement intérieur, préciser l'autonomie indispensable du nouvel établissement, suggérer un cadre de rémunération pour le personnel vietnamien (enseignants-chercheurs et IATOS) qui doit se consacrer entièrement à sa mission à l'USTH, réfléchir à la formation des enseignants-chercheurs vietnamiens permettant de faire croitre le nombre d'étudiants….

Dès le début des discussions avec nos partenaires vietnamiens, nous avons voulu construire une université répondant aux critères internationaux avec toutes ses dimensions de formation, de recherche et d'innovation.

Grâce à l'implication soutenue de la CPU, de la CDEFI, des VPRI des universités les plus concernées, des organismes de recherche présents au Vietnam, du poste diplomatique de Hanoï et des autorités vietnamiennes, un cahier des charges est alors proposé au cabinet de la Ministre afin de bâtir un socle solide impliquant le plus grand nombre possible d'établissements français. Il fallait construire un projet profitable aux établissements français et éviter, comme c'est souvent le cas dans des "constructions politiques", des noria d'enseignants-chercheurs mercenaires sans formation de jeunes enseignants-chercheurs ni création de laboratoires de recherche.

Durant l'été 2009, l'accord intergouvernemental est discuté en détail avec les autorités vietnamiennes après avoir reçu l'engagement ferme pour dix ans d'un groupe important d'universités et d'écoles qui ont consulté de leurs conseils et fait voter leur adhésion au projet. Ce Consortium est fort de plus de 40 établissements. Un budget prévisionnel détaillé est proposé comprenant  l'ensemble des coûts pour la France  et le Vietnam, incluant les coûts salariaux pour les établissements français, l'emprunt du Vietnam auprès de la Banque asiatique de développement et des projets de création de six laboratoires internationaux mixtes.

Les axes forts qui ont structuré notre réflexion, afin de préparer l'accord intergouvernemental qui a été signé le 12 novembre 2009, ont été :

-          de proposer six formations pluridisciplinaires de Masters en accord avec les autorités vietnamiennes ;

-          de créer des formations en commençant d'abord par les formations de docteurs puis progressivement des Master et enfin les licences ;

-          de délivrer de nouveaux diplômes nationaux français dans le cadre du processus de Bologne (LMD), habilités par le MESRI, impliquant pour chacun d'entre eux plusieurs universités françaises avec des  codiplomations ;

-          d'enseigner en anglais mais d'exiger une formation en français pour atteindre le niveau b2 en fin de cycle ;

-          d'inclure la contribution des enseignants-chercheurs français dans le cadre de leur service statutaire ;

-          de former en France 400 docteurs, boursiers du ministère vietnamien, appelés à devenir les futurs Maîtres de conférences de l'université, répartis dans les laboratoires français selon le niveau d'engagement de l'université dans les formations ;

-          de créer six laboratoires de recherche mixtes avec les établissements français ;

-          de faire évaluer les Master franco-vietnamiens mais aussi l'université dans son ensemble par l'AERES devenue l'HCERES ;

-          de créer des liens avec les entreprises françaises implantées au Vietnam

-          de proposer que les établissements français, à travers un consortium, prenant la forme d'une association, gèrent, en toute autonomie, la répartition de l'engagement des différentes universités françaises dans les formations, l'attribution des doctorants entre les universités et les missions.

-          de proposer aux familles vietnamiennes des coûts d'inscription faibles

Les deux ministères de tutelle français (Ministère chargé de l'enseignement supérieur et Ministère des affaires étrangères) assurent pour ces dix années le salaire de quatre responsables de l'université et une aide légère pour le fonctionnement du Consortium. Enfin, le poste diplomatique, à travers des appels d'offre s'engage à soutenir la création des laboratoires mixtes.

Fin 2009, 23 doctorants vietnamiens sont inscrits dans les écoles doctorales des universités françaises engagés dans la création de l'USTH.

L'USTH ouvre ses portes à la rentrée 2010, avec deux M1 habilités par le MESRI.

L'USTH est aujourd'hui une université avec tous les attributs d'une université de plein droit. Elle délivre des diplômes de licence et  six Master avec les universités françaises. Elle dispose de cycles de formations permanentes et une école doctorale. Sept laboratoires mixtes internationaux ont été créés avec des universités et des organismes de recherche français, majoritairement avec l'IRDInstitut de Recherche pour le Développement. Des articles scientifiques sont publiés dans des revues internationales. Des nouvelles formations se créent cette année en Licence avec notamment une formation en aéronautique soutenue par AirBus. Des étudiants français viennent acquérir à l'USTH, des diplômes de Master délivrés par leurs universités d'origine.

Vu avec un peu de recul et après sept années de fonctionnement, le bilan est très positif.

L'engagement des universités françaises a été fort, continu et exceptionnel. Il a permis grâce à leurs enseignants-chercheurs et chercheurs de relever le défi. Les moyens mis à disposition par les établissements français sont très importants et correspondent à plus de 40 ETP. Nous avons grâce aux établissements français si fortement engagés, atteint presque tous nos objectifs. L'USTH les a même dépassé dans le domaine de la recherche.

Il faut saluer tout particulièrement les établissements français qui se sont engagés si fortement dans cette aventure, les enseignants-chercheurs qui ont bâtis les formations et qui en assure le bon fonctionnement et toute l'équipe de direction de l'USTH.

Car sans ces engagements, que serait l'USTH ?

Il y a, bien évidemment, des points à améliorer dans le fonctionnement de l'USTH, un nombre total d'étudiants en dessous de la courbe de croissance prévue en 2009 et certains Master sont peu attractifs mais je fais confiance à l'USTH pour résoudre ces difficultés.

Le lien avec les entreprises se construit rapidement : Dassault System en 2015, Airbus en 2016 et peut-être Thales en 2018.

Nous approchons maintenant de la fin de l'accord intergouvernemental, première étape de ce pari un peu fou de création ex nihilo, d'une université des sciences et technologie au Vietnam, par une quarantaine d'établissements français. Nous avons rempli notre mission.

Comment poursuivre ? Sous quelle forme ? Avec qui ?

Dès cet automne et le début de l'année 2018, il est essentiel que les acteurs de l'USTH et les Ministères définissent ce que nous souhaitons pour l'USTH, muni de l'expérience de ces sept années de pratique et des différents changements institutionnels en France et au Vietnam. Nous disposons du cadre fonctionnel qui est celui d'une université vietnamienne sous tutelle de la VASTVietnam Academy of Science and Technology, mais l'USTH doit évoluer.

Je me réjouis de la forme que prend cette réflexion avec un bilan sans concession, des questions précises et des souhaits d'implication de la part des établissements qui se manifestent déjà (plus d'investissement vers les licences, renforcement de la recherche, nouvelles formations, renforcement de la mobilité des étudiants…). Les bases en ont été posées à l'Université de La Rochelle durant l'AG du Consortium les 18 et 19 mai 2017. Nous disposons de quelques mois pour approfondir notre réflexion, présenter un cahier des charges nouveau et solliciter l'engagement des établissements français intéressés.

Cette étape de réflexion sera lancée officiellement le 21 septembre à la CPU durant la réunion mensuelle des présidents d'universités.

Déjà, grâce au soutien financier de l'ambassade, les groupes de réflexion sur l'évolution de la recherche à l'USTH proposent le développement des laboratoires en association avec les établissements français.

Nous allons pouvoir, avec les établissements du Consortium mais aussi les autres établissements membres de la CPU et de la CDEFI, en concertation avec les Ministères, élaborer, pour les années futures, une stratégie pour l'USTH et la transmettre dans quelques mois à nos partenaires vietnamiens via l'ambassade afin de débuter les négociations.

Je suis très optimiste sur l'avenir de cette université qui est l'action de coopération internationale la plus importante de la France en Asie du Sud-Est dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche. C'est aussi un formidable défi pour les établissements d'enseignement et de recherche français qui souhaitent se projeter à l'étranger.

Jean-Luc Clément

Professeur des universités

Conseiller pour l'enseignement supérieur et la recherche à la délégation aux relations européennes et internationale et à la coopération du Ministère de l'Éducation nationale et du Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.